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Résumé des épisodes précédents :
Le lecteur
assidu et passionné par cette histoire se souvient, sans nul doute , que c'est
grâce à la perspicacité et au dévouement des dirigeants du Sporting que notre
héros , ailier de grand talent , a échappé aux griffes de l'abominable
Horibilus Cristofarus , exilé aux Caraïbes. L'homme à la valise ou plutôt ,
pardon , le président du Sporting , pour le récompenser de sa brillante saison
et pour le remettre de ses émotions , lui a offert un séjour en Espagne à
l'occasion de la Coupe du Monde de Football. Voici donc la suite des aventures
de notre héros , tout aussi pigmentées que la première partie ; amis cardiaques
, à vos pilules !
LES AVENTURES DE JEAN-MICHEL LAFLECHE
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Deuxième époque - 5ème épisode |
JEAN-MICHEL LAFLÈCHE AU « MUNDIAL »
Par un très
chaud après-midi du mois de juin , Jean-Michel était descendu du train à la
gare de Bilbao où , pour tromper sa soif , il avait dégusté un cacao. Dans les
rues de la cité espagnole circulaient beaucoup de voitures françaises ,
pavoisées de tricolore ; des coups de klaxon intempestifs giclaient des
avertisseurs , des " Allez France ! " fusaient de-ci , de-là aux
terrasses des bistrots remplies comme le 44 à 6 heures du soir. La plupart du
temps , à ces cris-là répondaient en écho des «England , England » , prononcés
avec l'accent d'Oxford mouillé par plusieurs litres de bière espagnole . Bref ,
l'ambiance montait doucement en prévision du match de la soirée ,
France-Angleterre.
Jean-Michel se dirigea en flânant vers le stade , serrant
dans sa poche le précieux billet d'entrée. Il grimpa lestement les marches
conduisant aux tribunes et , lorsqu'il émergea dans le carré de soleil et qu'il
découvrit l'arène , un petit frisson le parcouru. Il venait de passer dans un
autre monde ; autour du rectangle vert , les tribunes étaient déjà remplies aux
trois quarts , les autorités espagnoles ne voulant pas que se renouvelle la
guerre de cent ans , avaient séparé les supporters des deux camps. Aussi , une
marée de drapeaux tricolores faisait-elle face à une autre marée de drapeaux
tricolores , mais ce n'était pas la même , voilà tout.
Jean-Michel Laflèche
s'installa confortablement. A sa gauche , un Espagnol mangeait une tomate
abondamment saupoudrée de sel; à sa droite , un rosbeef écarlate sirotait sa dixième
canette. Il sortit délicatement son jambon beurre et attendit le coup d'envoi.
Les deux équipes étaient maintenant sur le terrain ; dans l'équipe de la rose ,
on notait la présence de grands noms du football : Trevor Francis , Keevin
Keegan , Paul Mariner... Chez les Français , Trésor , souffrant de sa tendinite
, et Six en petite forme , avaient été remplacés par Bathenay et par Bellone.
L'arbitre , le Grec Dimitri Petropoulos , engagea les hostilités. Dès les
premières balles , on sentit que le match serait musclé et que la victoire
tenait à peu de chose , tant les deux formations étaient proches l'une de
l'autre. A la 40ème minute , un centre de Francis trouva la tête de Mariner et
Baratelli n'eut plus qu'à aller chercher la balle au fond de ses filets.
Dans
le clan des supporters français s'abattit un silence glacé , comme celui qui , à
« las cincos de la tarde » , précède l'agonie du taureau. A la droite de J-M.
Laflèche , l'Anglais , levant sa douzième boîte de bière , émit un rot sonore à
la santé de la reine , à gauche de J-M. Laflèche , l'ibérique cria « olé ».
Jean-Michel applaudit la beauté de l'action. Dès la reprise , on sentit que la
bande à Hidalgo , loin d'être assommée par ce but , voulait refaire son retard
et se battait sur tous les ballons ; la logique l'emporta et , à la 75ème
minute , une vague bleue déferla sur la défense britannique , un une-deux
génial entre Bossis et Rocheteau permit à ce dernier de tromper la vigilance du
keeper d'outre-Manche (comme on le dit dans les journaux intellectuels de la
capitale). France: 1 - Angleterre: 1.
A droite de J-M. Laflêche , l'Anglais
laissa tomber sa quinzième boîte de bière qui atterrit sur son compatriote de
devant , soignant ainsi du même coup sa calvitie naissante. A gauche de J-M.
Laflèche , l'Espagnol cria « olé » , et Jean-Michel applaudit la beauté de
l'action. Il ne restait plus que quelques minutes à jouer lorsque Rocheteau ,
encore lui , fut fauché à proximité de la surface de réparation. Platini se
prépara à tirer le coup-franc merveilleusement situé à 20 mètres des buts ,
légèrement à gauche. Le souffle de sa frappe brossée enleva la poussière qui
était sous la barre transversale , et le goal anglais , malgré une belle
envolée , n'eut plus d'autre ressource que de rendre le ballon à ces
coéquipiers pour faire le centre.
Le stade , cette fois-ci , venait d'exploser
: hurlement de sirènes , cris de joie (certains chantaient même La Marseillaise
, d'autres réclamaient aux Anglais une chanson ). A droite de J-M. Laflèche ,
l'Anglais , couché par terre , l'Union Jack en berne , pleurait , le nez dans
sa dix- neuvième boite de bière. A gauche de J.-M. Laflèche , l'Espagnol cria
" olé " et Jean-Michel hurla : " Allez France ! "
Quelques
instants plus tard , Dimitri Petropoulos siffla la fin du match. La France
venait de battre l'Angleterre 2 à 1 et prenait ainsi une option pour sa
qualification au second tour du " Mundial "
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